CODE INCONNU de Michael Haneke

mai 6, 2008

À l’occasion de la sortie en salle de Funny Game U.S, plusieurs cinémas parisiens (MK2 Quai de Seine et Le Champo) ont engagé une rétrospective Haneke.

J’ai profité de cette session de rattrapage pour découvrir une filmographie qui m’était encore largement inconnue (en dehors du Temps du loup qui m’avait surpris à la cinémathèque d’Oslo). Sans avoir pu tout voir (cinq films sur une dizaine), j’ai tout de même avancé et je commence à me situer mieux dans l’oeuvre.

J’ai trouvé passionnant Caché. J’ai tremblé d’horreur pendant tout Funny Games. J’ai tout simplement adoré Code inconnu.

Ce dernier film est construit comme un vase cassé dont les morceaux disjoints s’éparpillent sur le sol. Tous témoignent d’une même réalité ; parfois il nous saute aux yeux que tel ou tel morceaux «irait» avec tel autre, mais au total les débris ne forment plus un seul et unique objet. Ainsi, Code inconnu est éclaté en plusieurs dizaines d’extraits non raccordés entre eux, sinon par l’écran noir. Chacune constitue une histoire en elle-même, la somme de ces histoires proposant une réalité encore, par nous, à raccorder.

Le propos, à la limite du lancinant, est toujours celui de l’incommunicabilité. Les situations se révèlent souvent des pièges vers lesquels les personnages avancent avec une sorte d’au-delà de la naïveté : une certaine persistance à vouloir demeurer ce qu’ils sont, comme condition nécessaire à leur survie mais aussi comme condamnation à subir un destin. Il est alors question d’amour et de désamour qui ne parviennent pas à se dire. Il est question de justice et d’injustices comme autant d’interprétations, et de ratés de l’interprétation.

À ce sujet : il y a dans le film une séquence incroyable «d’interprétation» et de mise en abîme : Juliette Binoche “jouant à jouer” un casting sous l’oeil d’une caméra vidéo.

D’un seul coup, on comprend ou on s’imagine pouvoir comprendre Binoche. Rien de moins !

Juliette Binoche, quand elle joue, croit ce qu’on lui dit. Totalement. Le temps du jeu (et du loup !), elle ne garde rien de la méfiance, du quant-à-soi, de la réserve qui nous est naturelle et nécessaire. Le conteur peut avoir pour elle parole d’évangile.

Juliette Binoche incarne immédiatement une situation parce qu’elle est immédiatement, totalement vraie pour elle. Rien que pour ces quelques minutes de casting, il faudrait aller voir Code inconnu.

Enfin, un mot sur le leitmotiv du film : cette école pour enfants sourds. On les voit justement jouer, s’interroger, et pas forcément se comprendre. Même un enfant sourd ne peut pas tout dire, et le langage gestuel qui est le leur ne suffit pas à surmonter le mystère que chacun porte en lui.

Il me semble que c’est ici le propos d’Haneke : nous sommes tous à l’école des sourds, tentant à l’infini de dire ce qui ne s’entend pas, et échouant.

La noblesse d’Haneke est de témoigner de cet effort, de la vanité de cet effort, sans jamais résoudre la difficulté et l’échec, et tout en affirmant, par sa caméra et ce qu’il donne à voir, la beauté et la dignité de cette tentative.

Tags: , , , , , ,

Une réponse vers “CODE INCONNU de Michael Haneke”

  1. edgar a dit :

    Bon retour sur la toile !


Laisser un commentaire