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LES CITRONNIERS, d’Eran Riklis

mai 2, 2008

Ceux que la perspective d’une bonne conscience didactique effraye, auront, au départ, quelques réticences. A tort. Le film n’inflige aucune leçon – ni optimisme cureton, ni nihilisme narcissique. On n’est pas dans ce verger pour qu’émerge une théorie et une morale.

Les citronniers se contente presque de se situer quelque part, et c’est beaucoup – à la fois beaucoup sur le fond (on n’est pas au milieu de nulle part, c’est le moins qu’on puisse dire, puisqu’on est à la frontière entre Israël et le territoire palestinien), beaucoup également quant à la forme, quant au cinéma, pensé ici en terme de dispositif qu’on installe “quelque part” en attendant que “quelque chose” se passe (c’est ce qu’on appelle au cinéma ET dans la vie courante, choisir un point de vue).

Qu’on se rassure : il ne s’agit pas non plus d’un film expérimental. Il y a bien une intrigue, des baisers, des rebondissements, des personnages qui, forcément, évoluent. Rendons hommage en particulier à l’actrice Hiam Abbas, plus que convaincante : magnifique veuve, incarnation même de l’idée de dignité.

Mais l’intelligence réelle du film, répétons-le, c’est de s’obstiner à regarder ce qui se passe à l’endroit précis où les “plaques” palestinienne et israélienne viennent buter. On s’intéresse à ce voisinage douloureux, non pas d’un point de vue moral éthéré, mais d’un point de vue pratique et concret : quand une veuve qui n’a pour richesse qu’un verger voisine avec un dignitaire israélien dont il faut assurer la sécurité.

Le film montre alors très justement l’entreprenant peuple israélien, à la socialité joyeuse et conquérante, bâtisseuse et buldozer, socialité débridée si l’on peut encore dire en France… et le peuple palestinien figé dans ses blessures et ses interdits, muré (à la fin au sens propre) dans sa douleur et ses contradictions (on pense au roman d’El Aswany, l’Immeuble Yacoubian qui a dû inspirer les auteurs quant à la peinture des palestiniens) .

Qu’il y ait de part et d’autre, des gens de bonne volonté (telle l’épouse du ministre, qui voudrait être une bonne voisine comme on est une bonne copine) ne change rien à cette logique d’affrontement, et à son résultat final : un mur de béton entre les deux propriétés, entre les deux légitimités.

Je craignais, parce que je suis moi-même engagé dans ces questions, trouver ici un film palestinien ou tiers-mondiste. Il n’en est rien. Je dirais même que c’est un film, sinon sioniste, du moins juif, et cela, à ce qui peut apparaître pour un détail mais se révèle proprement lévinassien, non dans une morale proposée, mais dans un constat… disons “aplani” jusqu’à l’aridité :

La Loi et les juges convoqués évitent certes le pire, mais ils ne consolent de rien.