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Le grand alibi, de Pascal Bonitzer

mai 1, 2008

L’adaptation du polar rétro est une mode qui ne se dément pas.

De Pascal Thomas (L’heure zéro) à Bruno Podalydès (Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir), les cinéastes français s’épanouissent volontiers dans l’adaptation à l’écran d’intrigues policières qu’on peut encore voir en famille. Aucun viol suivi d’éviscération, aucun bruit d’os qui se brise, aucune agonie complaisamment filmée. Au pire, un mort retrouvé dans le jardin, et l’inquiétante sonnerie d’une comtoise dans la nuit… Ces films à large spectre permettent d’emmener Mamie et Kevin – avant qu’il n’ait trop grandi - que demander de plus ?
Le mérite de Pascal Bonitzer aura été, ici, de s’affranchir du second degré parfois exaspérant qui caractérise les deux premiers réalisateurs – entendez : cette manière de jouer le rétro en témoignant par ce permanent rien d’excès que personne ne doit être dupe, car “on est au cinéma“.

Bonitzer, pour sa part, assume ce rétro ; il ne le stylise pas, et s’oblige donc à l’adapter.

D’Agatha Christie, on retrouvera donc une athmosphère et les grands traits de l’intrigue, mais aucune dissonance avec l’époque, notre époque. Les libertés prises avec le roman, la “modernisation” de la scène (pleine de tact, prudente) permettent au film une vraie fidélité au roman initial qui, lui, n’était en rien “second degré”. On peut dire que le roman inscrivait une ambiance dans une époque, et c’est exactement ce que reproduit Bonitzer avec un vrai bonheur : un monde de bourgeois et de notables où, sous le calme des apparences, sourdent les passions et la violence. Le roman initial date de 1946, et c’est l’atmosphère de cette tension qui a été transposée en 2008.

Autre bonheur, les dialogues.

Pascal Bonitzer a passé l’essentiel de sa carrière à écrire pour les autres (peut-on oublier qu’il est aussi le magnifique scénariste de Moi, Pierre Rivière… adaptation cinématographique du livre de Michel Foucault ?). Cela donne aux dialogues de son film une justesse, une précision, plutôt rare dans le cinéma français. En outre, la qualité de ces dialogues autorisent les acteurs à ne pas trop en faire, ce qui les rend plus convaincants. Miou-miou est en particulier épatante en bourgeoise un peu usée et usante. On irait voir ce film pratiquement pour sa seule prestation, si retenue mais très drôle.

Alors, qu’est-ce qui cloche ?

C’est très simple. Sans peur ni affects, on s’ennuie un peu. Les enjeux sont faibles. On passe un bon moment. Mamie est contente, Kevin également – what else ?