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Ulzhan, de Volker Schlöndorff

avril 30, 2008

Il y a d’abord ce sentiment un peu étrange, pas tout à fait à sa place dans le monde du spectacle. Show must go on, comme on dit. Le présent, et rien que cela. Ne jamais se retourner en mâchonnant des madeleines, et se souvenir uniquement de l’actualité. Dernières sorties, dernières tendances, derniers chiffres d’entrées sur Paris et sa couronne… ainsi va, tourbillonnant, le 7ème art.

Mais il se trouve que le cinéma, justement, ce n’est pas tout à fait un spectacle ; il nous est donné que ce soit, aussi, autre chose.

Alors, ce sentiment, je ne le chasse pas. Je vais même vous avouer : je le cultive, certain de tenir-là ma moins mauvaise part.

Et ce sentiment, il s’appelle gratitude.

Certes, il en faut, pour prolonger son intérêt éveillé face à un film si peu entrepris qu’on peine à le qualifier de raté. Mais envers qui aurait-on de la gratitude si l’on n’en avait pas pour Volker Schöndorff ? Car diable, je lui dois de ces émerveillements qui m’ont ouvert à l’émotion et au regard, aux films quoi.

Oui, l’auteur du Tambour ou du Coup de grâce, pardon, mais je lui dois quelque chose – et à jamais.

Je me suis donc propulsé aujourd’hui vers l’UGC Orient-Express, au Forum des Halles. Là, j’ai subi Ulzhan

Le film est bâti sur le même principe que le Voyage en Arménie de Robert Guédiguian : une intrigue qui sert de prétexte à un regard sur une ex-république soviétique. Pourquoi pas ?

Sauf qu’ici, l’intrigue est consternante. Suite à un drame que l’on devine d’emblée et qu’on finira par nous révéler à moitié, un orientaliste français désespéré – Charles, joué par Philippe Torreton – parcourt comme un vagabond le Kazakhstan, du Nord au Sud.

Sur sa route, il croise Ulzhan, professeur de français dans un village Kazakh (si, si, on enseigne le français aux bambins des steppes) ; la jeune femme tombe évidemment amoureuse du français silencieux, et quitte sans aucune hésitation sa famille (une grand-mère, un père malade) pour accompagner l’étranger dans sa quête. Après quelques escales et épisodes, Philippe Torreton finira par attendre la mort, sur une montagne, comme dans la ballade de Narayama – à ceci près que la scène bouleversante des adieux dans le film d’Imamura ne provoque ici qu’un haussement d’épaules, suivi, c’est encore pire, d’un happy end.

Le regard sur le Kazakhstan est à peine plus subtil. On enfile, maille à l’envers (vestiges du communisme), maille à l’endroit (triomphe de l’économie pétrolière), tout ce que ce pays recèle d’attendus et de clichés. Un goulag désaffecté, la mer d’Aral asséchée, les champs pétrolifères, les 4.4 des nouveaux riches, les buildings façon Dubaï – rien ne ne nous est épargné, pas même la yourte où s’ébattent les enfants.

On s’ennuie ferme.

Sauf que c’est Schöndorff et que de temps en temps, il sait choisir quelques images qui vous saisissent assez pour vous rappeler que le cinéma peut également fasciner : des scènes d’archives d’explosions atomiques sont presque figeantes de beauté (et on pense au travail de certains vidéastes), celle du rite chamanique valent aussi, par instant, d’être vues.

On sort tout de même de là un peu en colère. Bien sûr, on se doute qu’il s’agit d’un film de commande, d’une opportunité de tourner offerte par cette coopération germano-kazakh probablement richement dotée (voir Mongol). Mais je reste persuadé qu’un film de commande, qu’un film prétexte peut se révéler passionnant. Il aurait fallu que Schöndorff sorte de la dépression de son personnage et parte véritablement à la rencontre du pays qui s’offrait ainsi à lui.

Raté.